﻿﻿{"id":2805,"date":"2026-04-22T17:01:02","date_gmt":"2026-04-22T15:01:02","guid":{"rendered":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/razor-1911-le-groupe-qui-a-survecu-a-tout\/"},"modified":"2026-04-22T17:01:02","modified_gmt":"2026-04-22T15:01:02","slug":"razor-1911-le-groupe-qui-a-survecu-a-tout","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/razor-1911-le-groupe-qui-a-survecu-a-tout\/","title":{"rendered":"Razor 1911 &#8211; Le groupe qui a surv\u00e9cu \u00e0 tout"},"content":{"rendered":"<p><em>Cet article fait partie de<br \/>\n<a href=\"https:\/\/korben.info\/collections\/hackers\/\">ma s\u00e9rie sp\u00e9ciale hackers<\/a><br \/>\n. Bonne lecture !<\/em><\/p>\n<p>Il y a quelques jours, lors de la<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.demoparty.net\/revision\">demo party Revision 2026<\/a><br \/>\n, dans une salle plong\u00e9e dans le noir \u00e0 Sarrebruck, un public de sceners regarde d\u00e9filer les cr\u00e9dits d&#8217;une demo victorieuse. Au milieu des pseudos des graphistes, un nom : <strong>Sector9<\/strong>.<\/p>\n<p>Le m\u00eame mec qui, quarante ans plus t\u00f4t, faisait partie des trois gamins norv\u00e9giens qui ont fond\u00e9 <strong>Razor 1911<\/strong>.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-1.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Le logo historique de Razor 1911, sign\u00e9 JeD \/ ACiD (via<br \/>\n<a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Razor1911_JEDACID_HQ.svg\">Wikimedia Commons<\/a><br \/>\n)<\/em><\/p>\n<p>La demo s&#8217;appelle simplement &#8220;Razor 1911&#8221;, elle dure dix minutes, et sans surprise, elle finit donc par gagner la compo PC et le prix du public. Et ce qu&#8217;elle raconte, plan par plan, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un groupe que le Department of Justice am\u00e9ricain a qualifi\u00e9 officiellement de &#8220;<em>plus ancien groupe de cracking encore actif sur Internet<\/em>&#8220;.<\/p>\n<p>Razor 1911 existe depuis que vous \u00e9coutez de la musique 8 bit sur cassette audio. Le groupe a travers\u00e9 l&#8217;\u00e9poque du Commodore 64, de l&#8217;Amiga, l&#8217;\u00e8re du PC, le passage au CD-ROM, au DVD, puis aux ISO torrents, sans oublier la r\u00e9pression f\u00e9d\u00e9rale et l&#8217;arriv\u00e9e des protections Denuvo. Et au moment o\u00f9 j&#8217;\u00e9cris ces lignes, leurs <strong>cracktros<\/strong> font partie du patrimoine culturel de tous ceux qui un jour ont t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 un jeu sur eMule.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0 que, 40 ans plus tard, cette bande de joyeux lurons gagne un prix demoscene o\u00f9 elle se raconte elle-m\u00eame&#8230;<\/p>\n<p>Mais pour comprendre vraiment ce que \u00e7a veut dire, il faut que je vous emm\u00e8ne \u00e0 Oslo lors de cette nuit d&#8217;octobre 1985.<\/p>\n<h2>Octobre 1985 : Oslo, la naissance de Razor 2992<\/h2>\n<p>Imaginez une chambre d&#8217;ado dans la banlieue d&#8217;Oslo. C&#8217;est l&#8217;automne norv\u00e9gien, il fait nuit \u00e0 17h, et la seule lumi\u00e8re dans la pi\u00e8ce vient d&#8217;un \u00e9cran CRT qui tire sur le vert. Un Commodore 64 chauffe doucement sur un bureau encombr\u00e9 et dans le lecteur de disquettes, une 5&#8243;1\/4 tourne avec ce bruit caract\u00e9ristique de cr\u00e9celle \u00e9lectrique.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-2.jpg\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Les ordinateurs domestiques des ann\u00e9es 80 qui ont vu na\u00eetre la scene, Amiga 500 et Atari 520 ST (photo Sam Gamdschie, CC BY 3.0)<\/em><\/p>\n<p>Doctor No, Insane TTM et Sector9, trois gamins, viennent de fonder un groupe de cracking. Leur premier nom, tr\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, c&#8217;est <strong>Tr\u00f8ndelag Cracking Service<\/strong>, ou TCS. Sauf qu&#8217;un groupe anglais utilise d\u00e9j\u00e0 les m\u00eames initiales et \u00e7a cr\u00e9e la confusion. Un autre groupe norv\u00e9gien de la scene, Hellmates, leur sugg\u00e8re alors un nouveau nom : Razor. On est encore \u00e0 l&#8217;automne 1985 et \u00e7a s&#8217;appelle d&#8217;abord Razor 2992, puis en novembre, nouveau changement de nom pour adopter d\u00e9finitivement Razor 1911.<\/p>\n<p>La raison de ce 1911 est g\u00e9om\u00e9trique. En hexad\u00e9cimal, 1911 d\u00e9cimal \u00e9quivaut \u00e0 0x777. Trois fois 7, un par fondateur, soit un joli clin d&#8217;\u0153il num\u00e9rologique qu&#8217;ils vont se tra\u00eener durant quarante ans. C&#8217;est aussi, selon certaines sources d&#8217;\u00e9poque, une pique \u00e0 tous les groupes de cracking qui abusaient du 666 pour leur c\u00f4t\u00e9 satanique un peu too much. Razor 1911 choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le chiffre oppos\u00e9. Un d\u00e9tail qui en dit long sur l&#8217;esprit de la scene naissante \u00e0 l&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Leur premier crack, c&#8217;est <strong>Kik Start<\/strong>, un jeu de motocross sorti par Mastertronic en 1985 sur Commodore 64. Un classique des obstacles parcours sur deux roues que tout le monde avait chez soi. Et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 dessus, ce petit jeu vendu pas cher en Angleterre, que nos trois gamins norv\u00e9giens vont poser leur premi\u00e8re signature sur la scene europ\u00e9enne.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-2.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Kik Start (Mastertronic, 1985), le tout premier jeu crack\u00e9 par Razor 1911 sur Commodore 64 (capture via<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.lemon64.com\/game\/kikstart\">Lemon64<\/a><br \/>\n)<\/em><\/p>\n<p>La scene C64 europ\u00e9enne tourne \u00e0 plein r\u00e9gime \u00e0 ce moment-l\u00e0. Les BBS \u00e9changent des disquettes par courrier postal, les cracktros fleurissent avec leur ASCII art et leur musique chiptune, les groupes s&#8217;affrontent pour la &#8220;first release&#8221; des jeux populaires. Razor 1911 grimpe alors tr\u00e8s vite dans la hi\u00e9rarchie, mais reste un groupe parmi d&#8217;autres. Les vraies l\u00e9gendes de l&#8217;\u00e9poque, c&#8217;est FairLight en Su\u00e8de, The Humble Guys aux US, et TRISTAR &amp; Red Sector Inc c\u00f4t\u00e9 Allemagne.<\/p>\n<p>Ce qui distingue Razor 1911 \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Pas grand-chose, en fait.<\/p>\n<p>Enfin, si&#8230; une sacr\u00e9e envie de durer ! Car quand la plupart des groupes de l&#8217;\u00e9poque se dissolvent apr\u00e8s deux ans, parce qu&#8217;un membre part \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e ou qu&#8217;un autre se fait piquer son Commodore par ses parents, eux continuent. Et continuent. Et continuent&#8230;<\/p>\n<p>Et ils ne le savent pas encore, mais dans trois ans, ils vont devoir tout recommencer sur une nouvelle plateforme.<\/p>\n<h2>1987-1993 : du C64 au PC, la guerre des plateformes<\/h2>\n<p>Nous sommes maintenant en 1988. Un ado quelque part en Europe lance un jeu pirat\u00e9 sur son Amiga 500 flambant neuf. Avant que le jeu d\u00e9marre, une intro 3D tourne en 50 fps pendant trois minutes. Des sph\u00e8res qui tournent, un scrolltext qui envoie des greetings aux autres groupes de la scene, et une musique de tracker compos\u00e9e de huit canaux qu&#8217;il va siffler dans sa t\u00eate pendant des semaines. Et le logo \u00e0 la fin ? Razor 1911 !<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-3.jpg\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>L&#8217;Amiga 500, la machine reine de la scene europ\u00e9enne \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 (photo Bill Bertram, CC BY-SA 2.5)<\/em><\/p>\n<p>Entre 1987 et 1988, le C64 commence \u00e0 fatiguer et Razor 1911 migre alors sur Amiga, la plateforme qui gagne toute la scene europ\u00e9enne. Ils font des demos, ils crackent des jeux, ils sortent des cracktros avec des effets graphiques qu&#8217;aucune autre plateforme ne permet. C&#8217;est l&#8217;\u00e2ge d&#8217;or Amiga. On lance le jeu, on kiffe l&#8217;intro, et ensuite on joue.<\/p>\n<div class=\"youtube-container\">\n<div>\n<p>Razor 1911 ne se contente d&#8217;ailleurs pas de cracker des jeux sur Amiga. Le groupe sort aussi des demos pures, des productions artistiques qui font la comp\u00e9t&#8217; avec les meilleurs sur la scene d\u00e9mo. En 1991, ils l\u00e2chent coup sur coup <strong>Yo!<\/strong> avec ses graphismes vectoriels fluides et ses transitions travaill\u00e9es, puis <strong>Voyage<\/strong>, consid\u00e9r\u00e9e comme leur chef d&#8217;\u0153uvre Amiga avec un texture mapping 3D qui fait halluciner tout le monde \u00e0 l&#8217;\u00e9poque sur un simple Amiga 500. Leur musique track\u00e9e 4 canaux est m\u00eame cit\u00e9e comme parmi les meilleures jamais produites sur la machine.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-3.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Voyage par Razor 1911 (1991), un chef d&#8217;\u0153uvre avec texture mapping 3D sur Amiga 500 (capture via<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.pouet.net\/prod.php?which=3521\">pouet.net<\/a><br \/>\n)<\/em><\/p>\n<p>Puis au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, nouveau virage. Le PC IBM prend la main, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, et Razor 1911 suit le mouvement. L\u00e0, c&#8217;est une autre scene. Les rivaux changent, et The Humble Guys (THG) d\u00e9barque en 1989 avec une id\u00e9e qui transforme tout. Candyman et Fabulous Furlough, les fondateurs de THG, inventent le fichier NFO pour documenter leurs releases, et surtout ils \u00e9tablissent des relations avec les distributeurs pour obtenir les jeux avant leur sortie commerciale. Imaginez un jeu qui appara\u00eet sur les BBS warez AVANT m\u00eame d&#8217;arriver chez Babbage&#8217;s. THG vient de red\u00e9finir les r\u00e8gles du game.<\/p>\n<p>Razor 1911 doit alors s&#8217;adapter, et vite. Ils perfectionnent leur m\u00e9thode de cracking, recrutent des codeurs, signent leurs cracks avec des intros de plus en plus l\u00e9ch\u00e9es. \u00c0 ce stade, une cracktro Razor 1911 c&#8217;est un petit morceau d&#8217;art. Graphismes pixelis\u00e9s travaill\u00e9s pendant des nuits enti\u00e8res, musique, textes ASCII qui d\u00e9filent, et timings pr\u00e9cis pour impressionner un maximum de sceners avant que le jeu d\u00e9marre. Comme \u00e7a, les gars gardent la cracktro pour la montrer aux potes et sans qu&#8217;ils ne le sachent, commencent \u00e0 transmettre une nouvelle culture.<\/p>\n<p>Sauf que les ann\u00e9es 90 avancent, et un nouveau support va bient\u00f4t tout faire basculer.<\/p>\n<h2>1995-2001 : The Punisher et l&#8217;\u00e8re ISO<\/h2>\n<p>En 1995, quelque part en Am\u00e9rique du Nord, un mec dont personne ne conna\u00eet le vrai nom se fait appeler The Punisher. Il passe ses nuits devant une tour beige de PC, ventilateur qui souffle fort, \u00e9cran 14 pouces, et un clavier m\u00e9canique qu&#8217;on entendait depuis le salon. Devant lui, un graveur de CD, nouveaut\u00e9 de l&#8217;\u00e9poque, qui met trois heures \u00e0 &#8220;br\u00fbler&#8221; une rondelle de 600 Mo. Et c&#8217;est lui qui va sauver Razor 1911.<\/p>\n<p>Parce qu&#8217;en 1995, tout bascule. Les disquettes disparaissent. Les jeux sortent sur CD-ROM, et 600 Mo, \u00e7a passe mal sur un modem 14.4k. Razor 1911 pourrait alors dispara\u00eetre \u00e0 ce moment-l\u00e0, comme pas mal de groupes de l&#8217;\u00e9poque qui n&#8217;arrivent pas \u00e0 faire la transition.<\/p>\n<p>Mais heureusement pour eux, The Punisher prend les choses en main et pilote le passage au CD-ripping, puis aux ISO quand ce format devient la norme. Les ISO, pour les plus jeunes, c&#8217;est une image binaire compl\u00e8te d&#8217;un CD ou d&#8217;un DVD, fid\u00e8le au bit pr\u00e8s. Techniquement plus lourd que les cracks disquette, mais aussi plus propre. Razor 1911 se retrouve alors en t\u00eate du peloton et leurs releases circulent sur les topsites (les serveurs FTP ultra-priv\u00e9s de la scene, accessibles sur invitation uniquement), puis se diffusent sur les BBS, et ensuite sur les r\u00e9seaux peer-to-peer naissants.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 90, le groupe devient l&#8217;une des r\u00e9f\u00e9rences majeures de la scene, officiellement consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des plus prolifiques au monde. Ils sortent des ISO de jeux AAA quelques heures apr\u00e8s la sortie commerciale, parfois m\u00eame avant. Le palmar\u00e8s est impressionnant : <strong>Quake<\/strong>, <strong>Warcraft II<\/strong>, <strong>Warcraft III<\/strong>, <strong>Red Alert<\/strong>, <strong>Terminal Velocity<\/strong>&#8230; Tous les hits du moment, tous disponibles sur les topsites Razor avant que les bo\u00eetes n&#8217;arrivent dans les rayons des Babbage&#8217;s ou des CompUSA. Le Department of Justice citera explicitement ces titres dans son acte d&#8217;accusation, pour donner la mesure du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-1.webp\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p>La scene de l&#8217;\u00e9poque pointe un autre leader que The Punisher : un certain <strong>The Renegade Chemist<\/strong>, souvent mentionn\u00e9 dans les fichiers NFO des releases. Quand l&#8217;op\u00e9ration Buccaneer va tomber, le FBI d\u00e9signera Shane Pitman (&#8220;Pitbull&#8221;) comme leader officiel, mais dans la scene, beaucoup disent que le vrai pilote au moment du raid, c&#8217;\u00e9tait The Renegade Chemist. Deux versions diff\u00e9rentes de la m\u00eame histoire, selon qu&#8217;on lise un rapport f\u00e9d\u00e9ral ou un NFO d&#8217;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Et c&#8217;est l\u00e0 que \u00e7a devient dangereux.<\/p>\n<p>Parce que quand vous \u00eates trop visibles, tr\u00e8s rapides et tr\u00e8s bons, il y a un moment o\u00f9 le FBI le remarque. Et en 2001, les f\u00e9d\u00e9raux am\u00e9ricains pr\u00e9parent quelque chose d&#8217;in\u00e9dit dans l&#8217;histoire de la poursuite des groupes warez.<\/p>\n<p>\u00c0 Washington, dans un bureau de l&#8217;US Customs Service, un procureur imprime une liste. Dessus, des pseudos. Et surtout des adresses.<\/p>\n<h2>11 d\u00e9cembre 2001 : Operation Buccaneer<\/h2>\n<p>Conover, Caroline du Nord, ce matin-l\u00e0. Shane Pitman, 31 ans, est au boulot quand son t\u00e9l\u00e9phone sonne. Au bout du fil, un agent du FBI et ce qu&#8217;il lui dit est gla\u00e7ant : ils sont devant chez lui avec un mandat, alors il a int\u00e9r\u00eat \u00e0 rentrer imm\u00e9diatement ouvrir la porte, sinon ils rentrent eux-m\u00eames \u00e0 coups de b\u00e9lier.<\/p>\n<p>Pitman quitte son bureau, monte dans sa voiture, et roule jusqu&#8217;\u00e0 chez lui. Arriv\u00e9 sur place, il trouve <strong>sept \u00e0 huit v\u00e9hicules du FBI et des douanes<\/strong> gar\u00e9s devant sa maison. \u00c0 peine sorti de sa voiture, plusieurs agents en \u00e9quipement d&#8217;assaut, gilets pare-balles et \u00e9cussons &#8220;FBI&#8221; dans le dos, l&#8217;entourent, le plaquent sur le capot et le fouillent. Des ann\u00e9es plus tard, dans une interview qu&#8217;il donnera sur un forum public, il racontera ce moment en expliquant que, je cite : &#8220;<em><em>On aurait dit que j&#8217;\u00e9tais Saddam Hussein ou quelque chose comme \u00e7a<\/em><\/em>&#8220;. Pour un mec qui distribuait des copies crack\u00e9es de Warcraft, le dispositif \u00e9tait effectivement un peu surdimensionn\u00e9.<\/p>\n<p>Au m\u00eame moment, \u00e0 Richmond en Californie, Sean Michael Breen, 38 ans, se fait embarquer dans les m\u00eames conditions. Et \u00e0 la m\u00eame heure, dans cinq autres pays, Canada, Royaume-Uni, Australie, Finlande, Norv\u00e8ge, Su\u00e8de, soixante autres personnes se font alpaguer simultan\u00e9ment.<\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;op\u00e9ration Buccaneer. 62 suspects vis\u00e9s, 70 mandats de perquisition, 150 ordinateurs saisis en une matin\u00e9e et des pistes suivies dans 20 autres pays. C&#8217;est la plus grosse offensive coordonn\u00e9e jamais men\u00e9e contre la scene warez de l&#8217;histoire.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-4.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Reconstitution de l&#8217;op\u00e9ration Buccaneer &#8211; Image IA<\/em><\/p>\n<p>Et les groupes vis\u00e9s ne sont pas que Razor 1911. Il y a aussi DrinkOrDie (DoD), RiSC, RequestToSend (RTS), ShadowRealm (SRM), WeLoveWarez (WLW), POPZ. Soit toute la t\u00eate de gondole de la scene cracker Internet de l&#8217;\u00e9poque. Le FBI a pass\u00e9 14 mois en investigation undercover, infiltr\u00e9 les serveurs, recoup\u00e9 les pseudos, remont\u00e9 les identit\u00e9s. Une op\u00e9ration patiente, m\u00e9ticuleuse, invisible. Certains membres sont alpagu\u00e9s \u00e0 leur domicile, d&#8217;autres \u00e0 leur travail, d&#8217;autres \u00e0 la fac pendant qu&#8217;ils sont en cours.<\/p>\n<p>Parmi les prises les plus symboliques, il y a aussi <strong>Christopher Tresco<\/strong>, 24 ans, connu sous le pseudo &#8220;BigRar&#8221;. Pas un membre de Razor 1911 celui-l\u00e0, mais de DrinkOrDie. Et accessoirement administrateur syst\u00e8me du d\u00e9partement d&#8217;\u00c9conomie du MIT. Un boulot id\u00e9al pour h\u00e9berger des topsites warez sur les serveurs d&#8217;une des plus prestigieuses universit\u00e9s am\u00e9ricaines, ce qu&#8217;il faisait tranquillement jusqu&#8217;\u00e0 ce matin du 11 d\u00e9cembre. Il prendra 33 mois de prison f\u00e9d\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le 6 juin 2003, Shane Pitman est condamn\u00e9 \u00e0 18 mois de prison f\u00e9d\u00e9rale pour conspiration de violation du copyright par le juge James Cacheris \u00e0 Alexandria, Virginie. Le 10 f\u00e9vrier 2004, dans une cour d&#8217;Oakland, Sean Michael Breen prend 50 mois devant la juge Saundra Armstrong. C&#8217;est la peine la plus lourde de toute l&#8217;op\u00e9ration Buccaneer. Le chiffre qui sort lors du proc\u00e8s est vertigineux : Breen aurait distribu\u00e9 pour pr\u00e8s d&#8217;un demi-million de dollars de jeux crack\u00e9s sur une d\u00e9cennie. En plus de la prison, il doit donc verser <strong>690 236,91 dollars de restitution<\/strong> au seul Cisco Systems. Au total, 22 personnes seront condamn\u00e9es pour <em>felony copyright infringement<\/em> dans le cadre de Buccaneer.<\/p>\n<p>Sur le papier, le groupe est d\u00e9capit\u00e9. Les leaders sont en taule ou en attente de jugement. Les membres restants se planquent, changent de pseudo, se diss\u00e9minent. La communaut\u00e9 pense alors sinc\u00e8rement que Razor 1911 est mort, tout comme DrinkOrDie qui ne se rel\u00e8vera jamais.<\/p>\n<p>Sauf que non.<\/p>\n<h2>22 juin 2006 : le retour, et la demoscene<\/h2>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-5.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p>Le 22 juin 2006, 5 ans et demi apr\u00e8s Buccaneer, sur les topsites priv\u00e9s de la scene, une release appara\u00eet silencieusement. Un vieux logo familier dans le fichier NFO, sans annonce triomphante. Juste un fichier qui commence \u00e0 circuler. Les sceners qui le voient passer s&#8217;arr\u00eatent une seconde. Puis sourient.<\/p>\n<p><strong>Razor 1911 est de retour.<\/strong><\/p>\n<p>Le groupe reprend le rythme, s&#8217;adapte aux nouvelles protections, signe ses cracks avec des cracktros modernis\u00e9es. Au milieu des ann\u00e9es 2010, ils sont de nouveau parmi les plus prolifiques du monde \u00e0 cracker les nouveaut\u00e9s. Comme si Buccaneer n&#8217;avait jamais exist\u00e9.<\/p>\n<div class=\"youtube-container\">\n<div>\n<p>Puis arrive Denuvo, LA protection anti-copie hardware-assisted qui fait trembler toute la scene pendant des ann\u00e9es. Razor 1911 y laisse des plumes, comme tout le monde. Les m\u00e9thodes \u00e9voluent. Certains membres s&#8217;orientent alors vers la demoscene pure, tandis que d&#8217;autres continuent \u00e0 cracker. Au bout du compte,<br \/>\n<a href=\"https:\/\/korben.info\/denuvo-hyperviseur-bypass-pirates.html\">les hyperviseurs finissent par contourner Denuvo en quelques heures<\/a><br \/>\n. Le groupe mute, mais reste vivant.<\/p>\n<p>Certaines sources affirment m\u00eame que Razor 1911 se serait dissous vers 2012, ce qui est factuellement contredit par leurs releases r\u00e9centes, notamment une cracktro pour Red Dead Redemption 2 sortie en mai 2024 et la demo de Revision 2026 dont on va parler juste apr\u00e8s.<\/p>\n<p>Entre temps, une autre histoire compl\u00e8tement dingue va \u00e9clater en 2023. Un joueur de GTA nomm\u00e9 Vadim M. remarque un truc bizarre en fouillant les fichiers des jeux Rockstar vendus sur Steam. Plusieurs titres, notamment <strong>Manhunt<\/strong>, <strong>Max Payne 2<\/strong> et <strong>Midnight Club II<\/strong>, contiennent dans leurs ex\u00e9cutables des morceaux de code qui correspondent exactement aux cracks Razor 1911 de 2003. Rockstar Games, filiale de Take-Two, aurait tout simplement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 les versions crack\u00e9es par Razor 1911 pour contourner ses propres DRM obsol\u00e8tes et les revendre sur Steam.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/korben.info\/cdn-cgi\/image\/width=1200,fit=scale-down,quality=90,f=avif\/razor-1911-histoire-scene-cracker\/razor-1911-histoire-scene-cracker-6.png\" alt=\"\" loading=\"lazy\"><\/p>\n<p><em>Analyse du binaire de Midnight Club de Rockstar (<br \/>\n<a href=\"https:\/\/x.com\/__silent_\/status\/1698345924840296801\">source<\/a><br \/>\n)<\/em><\/p>\n<p>Le comble, c&#8217;est que Rockstar a trifouill\u00e9 le crack en question, ce qui a introduit des bugs sur Windows Vista et au-del\u00e0. Le message que \u00e7a donne c&#8217;est que m\u00eame les studios qui chassent les reverse engineers en justice sont oblig\u00e9s, \u00e0 un moment, d&#8217;utiliser leur travail pour faire tourner leurs propres jeux.<\/p>\n<p>Et voil\u00e0&#8230; Tout ceci nous am\u00e8ne jusqu&#8217;\u00e0 il y a quelques jours, quand lors de la Revision 2026 (la plus grosse demoparty mondiale, qui se tient tous les ans \u00e0 Sarrebruck), Razor 1911 sort une demo PC de dix minutes titr\u00e9e simplement &#8220;Razor 1911&#8221;. Un voyage audiovisuel \u00e0 travers les diff\u00e9rentes \u00e9poques du groupe. Windows 95, SoftICE, pixel art C64, effets Amiga et j&#8217;en passe&#8230; Le tout script\u00e9 avec des musiques sign\u00e9es brghtwhtlghtnng, zabutom et Ziphoid. Le concept est port\u00e9 par Flopine, Anat, dubmood et goto80 et le code est sign\u00e9 rez, replay et blkpanther. C&#8217;est incroyable !<\/p>\n<div class=\"youtube-container\">\n<div>\n<p>Et surtout dans les credits graphiques, un nom, celui de <strong>Sector9<\/strong>. Le m\u00eame Sector9 qui, en octobre 1985, regardait une disquette tourner dans un C64 depuis sa chambre \u00e0 Oslo. 40 ans plus tard, il est toujours \u00e0 la table, toujours \u00e0 faire du pixel art pour son groupe.<\/p>\n<p>Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi Razor 1911 n&#8217;est pas juste un groupe warez mais une vraie institution culturelle !<\/p>\n<p>La long\u00e9vit\u00e9 de ce groupe d\u00e9passe largement l&#8217;existence de la plupart des entreprises tech. Plus long que le leadership de Microsoft, plus long que l&#8217;histoire commerciale d&#8217;Apple sur le march\u00e9 grand public, plus long que n&#8217;importe quelle plateforme de jeux vid\u00e9o encore active aujourd&#8217;hui. Razor 1911 a surv\u00e9cu au C64, \u00e0 l&#8217;Amiga, \u00e0 Windows 3.1, 95, XP, 7, 10, 11. Ils ont surv\u00e9cu aux BBS, \u00e0 IRC, \u00e0 eDonkey, \u00e0 BitTorrent. Ils ont m\u00eame surv\u00e9cu au FBI.<\/p>\n<p>Et s&#8217;ils ont travers\u00e9 les \u00e9poques, c&#8217;est parce que la scene n&#8217;est pas un business. C&#8217;est une pratique culturelle qui se transmet de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, avec ses r\u00e8gles, son vocabulaire, ses rivalit\u00e9s, ses codes d&#8217;honneur bizarro\u00efdes.<\/p>\n<p>Des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res de d\u00e9veloppeurs et de chercheurs en s\u00e9curit\u00e9 sont pass\u00e9s par la scene avant de devenir des professionnels reconnus dans l&#8217;industrie. Je pense par exemple \u00e0<br \/>\n<a href=\"https:\/\/korben.info\/jonathan-james-plus-jeune-hacker-emprisonne-usa.html\">Jonathan James<\/a><br \/>\nou<br \/>\n<a href=\"https:\/\/korben.info\/ehud-tenenbaum-analyzer-hacker-pentagon.html\">Ehud Tenenbaum<\/a><br \/>\n\u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Razor 1911 illustre cette trajectoire fascinante o\u00f9 l&#8217;art, le crime et la passion se m\u00e9langent dans des proportions variables selon les d\u00e9cennies. Et le<br \/>\n<a href=\"https:\/\/korben.info\/thomas-dullien-halvar-flake-reverse-engineering.html\">reverse engineering<\/a><br \/>\nqui sert aujourd&#8217;hui \u00e0 la recherche en s\u00e9curit\u00e9, est exactement le m\u00eame savoir-faire qu&#8217;avait celui qui crackait un jeu Amiga en 1990.<\/p>\n<p>Bref, 40 ans apr\u00e8s, la bande est toujours l\u00e0, et rien que pour \u00e7a, chapeau bien bas !<\/p>\n<p>Sources :<br \/>\n<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Razor_1911\">Wikipedia<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Operation_Buccaneer\">Wikipedia Operation Buccaneer<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/waxy.org\/2026\/04\/razor-1911s-40-year-retrospective-for-revision-2026\/\">Waxy.org<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.justice.gov\/archive\/criminal\/cybercrime\/press-releases\/2003\/pitmanSent.htm\">DOJ Pitman<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.justice.gov\/archive\/criminal\/cybercrime\/press-releases\/2004\/breenSent.htm\">DOJ Breen<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/defacto2.wordpress.com\/2006\/01\/20\/pitbullfmr-razor-1911-leadertalks-about-his-arrest-jail-time\/\">Interview Pitbull Defacto2<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.technologyreview.com\/2004\/03\/10\/101724\/razor-bust\/\">MIT Technology Review<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.bleepingcomputer.com\/news\/gaming\/rockstar-games-reportedly-sold-games-with-razor-1911-cracks-on-steam\/\">BleepingComputer Rockstar<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/defacto2.net\/g\/razor-1911\">Defacto2<\/a><br \/>\n|<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.nfohump.com\/index.php?switchto=nfos&amp;menu=quicknav&amp;item=search&amp;search=true&amp;group=RAZOR1911\">Les NFO de Razor1911<\/a>\n<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cet article fait partie de ma s\u00e9rie sp\u00e9ciale hackers . Bonne lecture ! Il y a quelques jours, lors de la demo party Revision 2026 , dans une salle plong\u00e9e dans le noir \u00e0 Sarrebruck, un public de sceners regarde d\u00e9filer les cr\u00e9dits d&#8217;une demo victorieuse. Au milieu des pseudos des graphistes, un nom : Sector9. Le m\u00eame mec qui, quarante ans plus t\u00f4t, faisait partie des trois gamins norv\u00e9giens qui ont fond\u00e9 Razor 1911. Le logo historique de Razor 1911, sign\u00e9 JeD \/ ACiD (via Wikimedia Commons ) La demo s&#8217;appelle simplement &#8220;Razor 1911&#8221;, elle dure dix minutes, et sans surprise, elle finit donc par gagner la compo PC et le prix du public. Et ce qu&#8217;elle raconte, plan par plan, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un groupe que le Department of Justice am\u00e9ricain a qualifi\u00e9 officiellement de &#8220;plus ancien groupe de cracking encore actif sur Internet&#8220;. Razor 1911 existe depuis que vous \u00e9coutez de la musique 8 bit sur cassette audio. Le groupe a travers\u00e9 l&#8217;\u00e9poque du Commodore 64, de l&#8217;Amiga, l&#8217;\u00e8re du PC, le passage au CD-ROM, au DVD, puis aux ISO torrents, sans oublier la r\u00e9pression f\u00e9d\u00e9rale et l&#8217;arriv\u00e9e des protections Denuvo. Et au moment o\u00f9 j&#8217;\u00e9cris ces lignes, leurs cracktros font partie du patrimoine culturel de tous ceux qui un jour ont t\u00e9l\u00e9charg\u00e9 un jeu sur eMule. Et voil\u00e0 que, 40 ans plus tard, cette bande de joyeux lurons gagne un prix demoscene o\u00f9 elle se raconte elle-m\u00eame&#8230; Mais pour comprendre vraiment ce que \u00e7a veut dire, il faut que je vous emm\u00e8ne \u00e0 Oslo lors de cette nuit d&#8217;octobre 1985. Octobre 1985 : Oslo, la naissance de Razor 2992 Imaginez une chambre d&#8217;ado dans la banlieue d&#8217;Oslo. C&#8217;est l&#8217;automne norv\u00e9gien, il fait nuit \u00e0 17h, et la seule lumi\u00e8re dans la pi\u00e8ce vient d&#8217;un \u00e9cran CRT qui tire sur le vert. Un Commodore 64 chauffe doucement sur un bureau encombr\u00e9 et dans le lecteur de disquettes, une 5&#8243;1\/4 tourne avec ce bruit caract\u00e9ristique de cr\u00e9celle \u00e9lectrique. Les ordinateurs domestiques des ann\u00e9es 80 qui ont vu na\u00eetre la scene, Amiga 500 et Atari 520 ST (photo Sam Gamdschie, CC BY 3.0) Doctor No, Insane TTM et Sector9, trois gamins, viennent de fonder un groupe de cracking. Leur premier nom, tr\u00e8s \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, c&#8217;est Tr\u00f8ndelag Cracking Service, ou TCS. Sauf qu&#8217;un groupe anglais utilise d\u00e9j\u00e0 les m\u00eames initiales et \u00e7a cr\u00e9e la confusion. Un autre groupe norv\u00e9gien de la scene, Hellmates, leur sugg\u00e8re alors un nouveau nom : Razor. On est encore \u00e0 l&#8217;automne 1985 et \u00e7a s&#8217;appelle d&#8217;abord Razor 2992, puis en novembre, nouveau changement de nom pour adopter d\u00e9finitivement Razor 1911. La raison de ce 1911 est g\u00e9om\u00e9trique. En hexad\u00e9cimal, 1911 d\u00e9cimal \u00e9quivaut \u00e0 0x777. Trois fois 7, un par fondateur, soit un joli clin d&#8217;\u0153il num\u00e9rologique qu&#8217;ils vont se tra\u00eener durant quarante ans. C&#8217;est aussi, selon certaines sources d&#8217;\u00e9poque, une pique \u00e0 tous les groupes de cracking qui abusaient du 666 pour leur c\u00f4t\u00e9 satanique un peu too much. Razor 1911 choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le chiffre oppos\u00e9. Un d\u00e9tail qui en dit long sur l&#8217;esprit de la scene naissante \u00e0 l&#8217;\u00e9poque. Leur premier crack, c&#8217;est Kik Start, un jeu de motocross sorti par Mastertronic en 1985 sur Commodore 64. Un classique des obstacles parcours sur deux roues que tout le monde avait chez soi. Et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 dessus, ce petit jeu vendu pas cher en Angleterre, que nos trois gamins norv\u00e9giens vont poser leur premi\u00e8re signature sur la scene europ\u00e9enne. Kik Start (Mastertronic, 1985), le tout premier jeu crack\u00e9 par Razor 1911 sur Commodore 64 (capture via Lemon64 ) La scene C64 europ\u00e9enne tourne \u00e0 plein r\u00e9gime \u00e0 ce moment-l\u00e0. Les BBS \u00e9changent des disquettes par courrier postal, les cracktros fleurissent avec leur ASCII art et leur musique chiptune, les groupes s&#8217;affrontent pour la &#8220;first release&#8221; des jeux populaires. Razor 1911 grimpe alors tr\u00e8s vite dans la hi\u00e9rarchie, mais reste un groupe parmi d&#8217;autres. Les vraies l\u00e9gendes de l&#8217;\u00e9poque, c&#8217;est FairLight en Su\u00e8de, The Humble Guys aux US, et TRISTAR &amp; Red Sector Inc c\u00f4t\u00e9 Allemagne. Ce qui distingue Razor 1911 \u00e0 ce moment-l\u00e0 ? Pas grand-chose, en fait. Enfin, si&#8230; une sacr\u00e9e envie de durer ! Car quand la plupart des groupes de l&#8217;\u00e9poque se dissolvent apr\u00e8s deux ans, parce qu&#8217;un membre part \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e ou qu&#8217;un autre se fait piquer son Commodore par ses parents, eux continuent. Et continuent. Et continuent&#8230; Et ils ne le savent pas encore, mais dans trois ans, ils vont devoir tout recommencer sur une nouvelle plateforme. 1987-1993 : du C64 au PC, la guerre des plateformes Nous sommes maintenant en 1988. Un ado quelque part en Europe lance un jeu pirat\u00e9 sur son Amiga 500 flambant neuf. Avant que le jeu d\u00e9marre, une intro 3D tourne en 50 fps pendant trois minutes. Des sph\u00e8res qui tournent, un scrolltext qui envoie des greetings aux autres groupes de la scene, et une musique de tracker compos\u00e9e de huit canaux qu&#8217;il va siffler dans sa t\u00eate pendant des semaines. Et le logo \u00e0 la fin ? Razor 1911 ! L&#8217;Amiga 500, la machine reine de la scene europ\u00e9enne \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80 (photo Bill Bertram, CC BY-SA 2.5) Entre 1987 et 1988, le C64 commence \u00e0 fatiguer et Razor 1911 migre alors sur Amiga, la plateforme qui gagne toute la scene europ\u00e9enne. Ils font des demos, ils crackent des jeux, ils sortent des cracktros avec des effets graphiques qu&#8217;aucune autre plateforme ne permet. C&#8217;est l&#8217;\u00e2ge d&#8217;or Amiga. On lance le jeu, on kiffe l&#8217;intro, et ensuite on joue. Razor 1911 ne se contente d&#8217;ailleurs pas de cracker des jeux sur Amiga. Le groupe sort aussi des demos pures, des productions artistiques qui font la comp\u00e9t&#8217; avec les meilleurs sur la scene d\u00e9mo. En 1991, ils l\u00e2chent coup sur coup Yo! avec ses graphismes vectoriels fluides et ses transitions travaill\u00e9es, puis Voyage, consid\u00e9r\u00e9e comme leur chef d&#8217;\u0153uvre Amiga avec un texture mapping 3D qui fait halluciner tout le monde \u00e0 l&#8217;\u00e9poque sur un simple Amiga 500. Leur musique track\u00e9e 4 canaux<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2806,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"give_campaign_id":0,"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"_kadence_starter_templates_imported_post":false,"footnotes":""},"class_list":["post-2805","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"campaignId":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2805","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2805"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2805\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2806"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/elearningsamba.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2805"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}